HISTOIRE DES HARAS

L'année du Prince Aly Khan

Deux ans plus tard, en 1954, l'Aga Khan III décida que les courses françaises avaient beaucoup plus d'intérêt économique et transféra tout son effectif à Chantilly. Suite au décès de son père en 1957, le Prince Aly Khan racheta tous les intérêts que la famille avait dans les courses.

Avant sa mort tragique dans un accident de voiture à Paris pendant le printemps 1960, le Prince Aly Khan savoura une année de merveilleux succès en France comme à l’étranger. La British Bloodstock Breeders Review, en parlant du Prince comme étant le premier propriétaire en Angleterre à gagner plus de 100 000 livres en un an, tout en installant un nouveau record français, écrivit : "Ce n’est pas étonnant qu’on appelât 1959 ’l’année d’Aly Khan’".

De tous les chevaux qui ont contribué à ses gains records en Angleterre et en France, celui dont il était le plus fier était la grise Petite Etoile. Son doublé dans les 1,000 Guinées et les Oaks en 1959 contribua en grande partie à l’année classique record de la famille, soutenue par Taboun (2,000 Guinées), Ginetta (Poule d’Essai des Pouliches) et Fiorentina (1,000 Guinées irlandaises).

Comme si cela ne suffisait pas, Saint Crespin fut le vainqueur d’une des arrivées les plus contestées de l’Arc de Triomphe. Après un examen minutieux, le juge déclara un "dead-heat" entre Saint Crespin et Midnight Sun, avec Le Loup Garou une courte tête plus loin en troisième, puis Mi Carina à une courte encolure en quatrième place et Primera une encolure plus loin en cinquième. Ceci ne fut pas la fin de l’histoire - les deux jockeys gagnants George Moore et Jacques Fabre déposèrent alors des réclamations l’un contre l’autre. La caméra du film de contrôle, qui avait été installée en début de saison, fournit le témoignage décisif que Saint Crespin avait été gêné à deux reprises par Midnight Sun, et les commissaires lui attribuèrent la course.

Cette combinaison de circonstances extraordinaires poussèrent par ailleurs l’écrivain Ian Fleming à écrire dans son journal : "Les parieurs, juste avant de disparaître, vivent souvent une période de bonne fortune inimaginable. Ils deviennent jeunes, gais et riches, et puis, quand le destin juge qu’ils ont été assez choyés, ils sont alors aussi rapidement déchus."